Je l'avoue. Je ne suis pas une infirmière conventionnelle toute vêtue de blanc au cheveux lichés et à l'allure ultra soignée. On me reconnaît à ma chevelure bouclée, souvent hirsute, mes lunettes de «wannabe» hipster (même si je les portais bien avant l'ère du hispterisme), mes Converse noirs et j'arbore parfois même mon hoodie de Carey Price. Parce que je l'aime Carey Price. Ça vous donne une idée du style. C'est la nuit, à l'urgence il fait froid, je vote pour le confort.
Je suis une infirmière très compétente vous saurez.
Oui, je tiens à le spécifier.
Cette nuit-là, on m'annonce un patient. Je suis dans l'aire des gens plutôt instables. L'aire du «on ne sait pas trop ce que tu as, mais ça semble sérieux ». Le patient en question, un homme de plusieurs printemps, perd connaissance et a des douleurs au niveau de sa poitrine. Dans ces cas-là, tu te mérites un cathéter intraveineux. Le calibre de course, tsé. Et là, je vois qu'une chose. Du sang qui gicle partout. PARTOUT. Notre charmant monsieur a une super pression artérielle. Je vous le garantis. Mais, tout va bien dans le meilleur des mondes jusqu'à ce que je constate que mes Converse NEUFS sont plein de sang. Gardons notre professionnalisme et tentons de stabiliser le dit patient. Sa pression chute, il devient blême, ma collègue est disposée à le prendre en salle de réanimation où il y a plus de personnel disponible. Alors je me concentre sur ma tâche, de le maintenir stable jusque-là. Mission accomplie. De retour au poste des infirmières, je panique un peu. Mes beaux souliers neufs. First world problem. J'en oublie presque la superficialité de la chose. Mais, avouons-le, ça enrage d'endommager quelque chose que l'on vient d'acheter.
C'est à ce moment que M avec qui je travaille me dit : PEROXYDE. VITE! Si tu veux que le sang parte. J'ouvre une bouteille et je la vide littéralement sur mes souliers. Au diable les pieds mouillés ! ÇA FONCTIONNE.
Cette nuit-là, LA nuit où le patient et les Converse ont été sauvés.